Archives de Catégorie: vie au port

Bslâma, Nemra

dans le palmier2

Tu es venue égayer le carré de Roz Avel. Tu es tombée dans l’eau du port, tu t’en es sortie toute seule. Tu étais le chat le plus prudent que j’ai jamais connu. Tu regardais avec attention les voitures, tapie au pied du palmier qui te servait aussi de grattoir… surtout ne pas passer devant…

Tu étais la mascotte de tout le port. Tu étais notre amie, notre chipie rigolote, qui se cachait derrière un brin d’herbe pour sauter devant Gin, tous les poils de la queue dressés, en le provoquant au jeu.

Tu avais ta place, au bout du plan de travail. T’avais bien compris que là, c’était permis. Tu continuais quand même les incursions vers mon bol de leben, même si t’avais compris que là, ce n’était pas permis. C’est comme ça, les enfants… faut toujours que ça teste. T’avais conquis, en deux jours, le cœur de notre armatrice de cœur. T’avais ce don inné de donner de l’affection a part égale à tout le monde, dans ta petite famille. Et il t’en restait plein, plein, pour les amis aussi.

Tu étais notre petite fille. Notre petite Nemra. Gin coursait les méchants chats du port quand ils venaient te chercher des poux dans la tête (d’ailleurs, tu n’en as jamais eu, de poux!). On vous laissait tous les deux devant la porte du magasin, on vous retrouvait, Gin debout sur ses quatre pattes, toi couchée sous son museau. Le grand frère et sa petite sœur.

Le grand frère a perdu sa sœur. Hier soir, après une séance de jeu sur le parking, en partant pour notre balade du soir, tous les quatre enfin réunis, t’as fini sous les roues d’une voiture. Ta prudence n’a eu qu’un moment de faiblesse, ça a suffit.

Bslâma, Nemra, la petite fille d’Oujda. Tu n’auras pas eu l’occasion de voir l’Atlantique… tu reposes au fond de la Méditerranée, sur un lit de sable. Chat du port, enterrement de marin. On se rassure, en disant que ta vie aura été courte, mais heureuse. Que tu n’as pas eu le temps de souffrir. On se rassure comme on peut. En rentrant du bout de la grande digue du port, on se parlait, Aglaé et moi. On avait pudiquement changé de sujet. En arrivant sur le grand parking vide, on s’est tu. J’ai regardé en arrière… non, là, il n’y aura plus de minette pour nous suivre. Il n’y aura plus…

Hier soir, en m’endormant, j’ai cru entendre un miaulement… je crois que ça va prendre un peu de temps. Ton « bonjour » matinal va nous manquer, minette. Repose en paix au paradis des chats. Chez nous, ça va… le soleil est revenu. Mais pas encore la joie. Je crois que ça va prendre un peu de temps.

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