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Saint Dominique et son Côtes du Rhône. Un au revoir.

« Je n’ai jamais compris en quoi il était saint, ce gars, Dominique de Guzman… ». Aidé par l’apéritif et le verre de rouge déjà ingurgités, j’ai lancé ma diatribe contre l’un des pourfendeurs des « bons hommes » de l’Occitanie du XIIème siècle.

Dans la cuisine, la suite du repas attend d’être servie. La maman chuchote à sa fille, pétrifiée par l’audace de l’invité : « Tu ne lui as pas dit, à Florin, qu’il avait été dans les ordres ? »

Jean-Claude2A table, le papa répond, sur un ton surprenant d’amabilité : « Florin, on ne vous a jamais raconté que j’avais passé cinq ans chez les dominicains ? ». Moi, ça ne me laissait que deux choix. Me « coucher », en présentant de plates excuses de dégonflé, ou attaquer. J’y vais. Coup de pied à suivre, par dessus la mêlée.

« Quand même, « Tuez-les, Dieu reconnaitra les siens… », c’est pas des plus humanistes, comme suggestion. Ce qu’il a fait aux cathares… ». Mon cher Jean-Claude, si tu me lis, je te demande pardon, j’avais tort sur toute la ligne. En fait, le pauvre Dominique n’était pour rien dans le sac de Béziers, et de tous ceux que Innocent III (innocent que de nom) avait envoyé s’occuper du problème cathare, il était le seul qui avait toujours refusé de prendre part à la guerre, en affirmant que les seules armes qui vaillent étaient la prédication, la prière et les bons exemples.

Je m’emmêlais les pinceaux. Mais j’avais raison d’attaquer. Il a aimé le culot (et je le soupçonne de n’avoir pas bien su non plus que c’était à Arnaud Amaury, abbé de Cîteaux, légat du Pape pendant la croisière des Albigeois, qu’on attribuait cette phrase – probablement apocryphe, de toute façon, et non pas à Dominique). S’en est suivi une discussion à bâtons rompus, dans laquelle j’apportais des arguments politiques et historiques, et lui, des arguments théologiques. Personne n’a été convaincu par les arguments de l’autre. « Prenez (il me vouvoyait, à l’époque) plutôt un verre de ce Crozes Hermitage. Un excellent vin, c’est dans les Côtes du Rhône, vous connaissez ? ». En voilà une bonne idée, enfin. Œcuménique, celle-ci.

Ma connaissance des vins français l’a convaincu bien plus que mes arguments politiques sur l’histoire du Moyen Age chrétien. Des discussions à bâtons rompus, on en a eu quelques unes. Il était croyant, moi non. Il a toujours respecté ça, jamais il n’a poussé la conversation sur le terrain du prosélytisme. Il devait savoir, tiens, que c’était une cause perdue. Pour ma part, je n’en ai pas non plus trop fait dans le style « Dieu n’existe pas ». Je ne sais pas trop… Je crois bien qu’au fond, on a été amis.

On s’est quelques fois frités. Un jour, je suis parti m’enfermer dans la chambre, tellement ses arguments m’ont paru stupides (surtout le gros point Goodwin à la con – « avec ça tu justifies le Nazisme, Flo… »). Le lendemain il m’a embarqué chez son caviste préféré, pour qu’on choisisse ensemble quelques bonnes bouteilles… Il était comme ça, Jean-Claude. Il donnait aux choses une teneur dramatique, excessif en tout, le chuchotement devenait tonnerre, la brise devenait orage. Tout ça, c’était lui, le breton de l’Ardèche, le celte de la Méditerranée. Je l’aimais bien… Je crois bien qu’au fond, on a été amis.

En Vilaine sur Gu BraghJe n’oublierai jamais quelques petites choses, de celles qui ont le don d’agacer certains… de celles qui me faisaient éclater de rire à ses cotés. J’adorais l’entendre dire « Eh ben voila ! », il lançait ça pour titiller Colette, qui levait les yeux au ciel. Il était comme ça, Jean-Claude. A partir d’un mot, il poussait la chansonnette avec sa voix de casserole provençale pleine de bonne humeur. A partir d’un autre il se mettait en colère. Véronique l’a dit, à la messe. Comme le mistral. Peut-être bien que c’était ça, que c’est le mistral qui l’avait façonné. Le mistral, le soleil, son patronyme breton, son ancêtre maitre coq ou l’autre amiral, ses lectures, ses années chez les dominos, ses années en Algérie, ses vacances à Belle-Ile.

Ils étaient mignons, tous les deux, engoncés dans leur gilets de sauvetage rouges, sur le pont de Gu Bragh. C’était en 2011. Un petit déjeuner au port, une virée à la voile jusqu’à La Roche Bernard, un repas sur le Vieux Port avec leurs amis. Puis le retour, perçu comme une « grande aventure maritime », cette balade bucolique dans l’Estuaire de la Vilaine. Un souvenir ému… Depuis, Mireille est partie. Tu la croiseras, peut-être, Jean-Claude. Tu pourras à nouveau la chambrer à volonté. Mais tu n’auras pas le petit verre de rhum qui va avec…

Lorsque Nathalie, toute timide, a annoncé qu’on partait Ptit Dej sur Gu Braghvoir le monde depuis le pont d’un bateau, sa maman a laissé sortir un faible « mais non… ». Lui, du haut de sa chaise, collée à la mienne, à la table de la salle a manger de Saint Hilaire, a clamé haut et fort « Ouiii !!! ». On s’est rendus compte que la moindre aventure, le pépin de navigation ou l’épisode de fort coup de vent rencontré l’intéressaient… ça devait lui rappeler l’histoire de Esprit d’Équipe convoyé jusqu’à Brest, le moteur défaillant… ou alors celle du dériveur renversé à Port Fouquet, dans une crique de Belle Ile. On naviguait avec lui, sans le savoir. On naviguait, aussi, pour lui. Lundi dernier, sans savoir qu’il avait lui déjà appareillé, on a largué les amarres pour glisser tranquillement pendant une demi-journée entre Saïdia et les Iles Chafarinas. On ne le savait pas, mais il était avec nous.

Moi, je l’ai connu sur le tard. Si ça se trouve, on n’aurait pas eu le même rapport vingt ans plus tôt. Il pouvait être maladroit avec les gens, nul n’était à l’abri d’une de ses phrases malheureuses. Mais moi, je crois bien que nous deux, au fond, on a été amis.

Dans cette église du patelin vendéen d’où il est parti pour son dernier voyage, lorsque la douleur de mon index gauche pris dans la portière de la voiture de la tontine s’est estompée, j’ai mis la main sur son cercueil et j’ai chuchoté « bon voyage, mon ami, repose en paix ». Et j’ai eu, au coin de l’œil, une petite larme.

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Tout sera sur les murs

Après quatre mois en Galice, des aventures passionnantes, des paysages somptueux et des lumières envoûtantes (et je ne parle plus ici de l’assiette de « chipirones fritos » de Betty, dans la super taperia « O’ Portujès », devant l’église de Cangas) la production d’aquarelles de Roz Avel s’expose à Timisoara.

Vernissage le 20 novembre, à 17h, à la Galerie Theresia, Bastion.

După patru luni în Galicia, aventuri pasionante, peisaje majestuoase și o lumină vrăjită (și nu mai vorbesc de farfuria de »chipirones fritos » ale lui Betty, în super taperia « O’ Portujès », lângă biserică, la Cangas) producția de acuarele a lui Roz Avel se expune la Timișoara.

Vernisaj pe 20 noiembrie, la 17h, la Galeria Theresia, Bastion.

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