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Du Crouesty à Gijon, Viveiro, La Coruna. Episode I – Transgascogne.

Gijon, Asturias, dimanche 30 juin, 12h30. Vent – 15-18 nœuds. Soleil. Visibilité – très bonne. Mer – peu agitée. Baro – 1029.

« Gijon Tràffico, Gijon Tràffico, Gijon Tràffico, from sailship Roz Avel, do you read me ? Over ! »

« This is Gijon Traffic to Roz Avel, I read you, what is your problem ? »

« I’m in front of the Diqué de Asturias, my engine doesn’t start, I want to reach the Pueerto Deportivo, I need assistance. »

« So you’re close to the Gijon Harbour. I understand you can’t reach the Puerto Deportivo by the use of your own power, or sails ? Or your dinghy ? »

« My engine doesn’t work. I used my own sails to get in front of the entrance. My boat is too heavy and not easy to handle, I need assistance from a motorboat to reach the pontoon »

« OK, the rescue boat has already been informed. Are you the boat with a blue hull ? »

« Yes. »

« Please try to keep your position, put down your sails and prepare springs and fenders. »

La conversation avec le gars du Centro de Coordinacion de Salvimento Maritimo a eu lieu après moult tentatives sur le canal 9, du genre « Puerto Déportivo de Gijon, this is sailship Roz Avel… » « Puerto Déportivo de Gijon, pour voilier Roz Avel… » « Puerto Deportivo de Gijon, nous avons vraiment besoin d’assistance pour rejoindre le ponton… »… les filles de l’accueil et la VHF, ça fait deux. Ou est-ce le français, ou l’anglais, le problème ?

Little Gu, CrouestyÇa s’était mal engagé depuis Le Crouesty. Une place au catway bien pourrie, le virage cassé par une grosse vedette amarrée en bout de panne, l’ancre qui gratte un peu le poteau du ponton, deux ou trois vieilles moules qui s’en vont à la baille… Le lendemain, après avoir pris le petit dej, la météo, tout ça, tout ça, il se fait midi. Les gars du port, sur leur zodiac, auxquels le demande si ils peuvent surveiller ma manœuvre de sortie de ponton, me répondent « Vous êtes surs n’être pas planté, là ? Vous calez combien ? » « Deux mètres » « Vous êtes planté. Attendez une heure ou deux, que la mer monte ». Moi qui voulais passer le Beniguet de jour, c’est mort. Bien, bien… on attend demain matin…

Le Crouesty, 28 juin, 10h00. Vent – 8-10 kts. Mer belle. Visibilité +5nm. Baro 1030 en baisse très legèrement

Beau départ, super manœuvre de sortie de ponton, belle journée qui débute… 10-15 jolis nœuds de vent dans le Beniguet, on y rentre comme une mite dans une chaussette (Merci, Jean-jean, à chaque fois que je peux, j’utilise cette expression pourrie et je pense à toi…). Voilà Belle Ile, la pointe de Kerdonis. Belle lumière. On passe la pointe, on longe un peu le sud de l’Ile, le Skeul… « TU verras, après la pointe, on aura un peu plus de houle et un peu plus de vent… » Je ne croyais pas si bien dire. De 15 nœuds, ça monte d’un coup à 20, avec rafales à 25. Au près, ça impressionne un peu. La houle aussi. Celle de l’Atlantique, importation des USA, arrivage direct, qu’on avait connu avec Gu Bragh en 2010, en faisant le tour de l’Ile. Passons.Pointe de Kerdonis

« Voilier pour bateau de pêche, voilier pour bateau de pêche, vous me recevez ? »

Au début on ne se rend pas compte qu’on nous cause. Ensuite on répond.

« Bateau de pêche, de voilier, je vous reçois 5/5 . A vous »

« Dépèche-toi de passer, on pose des filets là. T’aurais du rester sur l’ancien cap, t’étais bien… ». Dans le feu de l’action, le vouvoiement s’envole.

« Bon, bon, j’avance à 7 nœuds, je passe devant, ça ira ? »

« OK, pas de problème, on ralentit un peu. »

« Merci, bon courage à toi »

« OK, bonne nav »

nat-ginLa houle et les 25 nœuds, Nord-Ouest, pendant quatre heures. Creux modérés, mais ourlés d’écume. Au près, c’est pas confort… Ensuite, ça mollit et ça tourne. Et la nuit s’installe, tout comme un petit mal de mer chez Nathalie. Quelle idée d’aller faire pipi dans les toilettes avant… dans la houle, ça ne rate pas.

Quart de nuit dans la grisaille. Sous pilote, ça avance correctement, pas trop de souci de tenue de cap, mais ça consomme un bras. Et le vent qui tourne Nord, du travers au Grand-largue. Peu d’air, dés la fausse panne ça devient difficile. Je surveille le contrôleur de batteries, qui indique des trucs de ouf… faudra regarder de près.

Quart de nuit avec Nathalie, un peu vaseuse… a chanter des vieilles chansons.

Quart de nuit tout seul, même pas le chien sur le pont, a regarder les feux d’un petit cargo. Passera devant ? Passera derrière ?

Au lever du jour, le vent faiblit sérieusement. Légère bruine. Les vrais habitants de la Cantabrique, les dauphins, commencent a montrer le bout du rostre. Un ou deux, en passant, rayent l’eau de leur aileron dorsal. Salut les amis…

Bay of Biscay, par 44°54′ N et 05°48′ W. 29 juin, 14h50. Vent – 9-10 nœuds. Mer – peu agitée. Visibilité – 2 à 5 nm, moins quand ça bruine. Baro – 1030

Changement de cap, on file sur Gijon. Pas complètement amarinés, et ce contrôleur de batterie qui indique des trucs de ouf… Moteur en marche, on consommerait plus que sous voile, alors qu’il est censé charger les batteries, c’est quoi cette histoire ?

Les jours, en Cantabrique, se suivent mais ne se ressemblent pas. Celui-ci, gris, horizon bouché, plafond si bas qu’on avait peur de lever la tête dans le cockpit… Oui, y avait la bôme, fort heureusement. dauphinEt d’un coup, les amis. Les dauphins. Ils viennent par l’avant bâbord. Trois, et encore cinq… Ils sont comme fous, ils sautent en l’air, font des cabrioles, frappent l’eau avec leur queue. S’amusent. Ils ont l’air jeunes, assez petits… malicieux, espiègles, foncent sur la coque et au dernier moment passent en dessous, ressortent devant, reviennent… Ils nous mettent de bonne humeur.

Gin a compris qu’il y avait un manège qui se passait sur l’eau. Les surveille de près. Ne connait pas ces animaux bizarres, mi-poisson, mi-mammifère, qui s’amusent dans l’eau. Il doit aussi percevoir leur échanges de sons. Nath se couche, la nuit tombera bientôt. Je l’envoie dormir, je risque d’avoir besoin d’un peu de repos avant le lever du jour, pour rentrer sur Gijon. Vent arrière, depuis le changement de cap, on file à 7,5 nœuds sous Génois entier et moteur. Pas la peine de se compliquer la vie avec la grand-voile. Et en plus, on est censés charger les batteries. Enfin, c’est pas ce que dit ce foutu contrôleur…

Encore des dauphins. Gin est scotché sur les hiloires du cockpit. Perkie ronronne. J’espère qu’Aglaïa a coupé ses oreilles, il y a un bruit sourd dans la cabine arrière…

On commence a percevoir les lumières, un phare sur la côte, au loin… ça doit etre Cabo de Penas. On n’est plus très loin. Il est 4h30, peut-être un peu plus. ETA à déstination – 6h30. Perkie et ses entraillesEnsuite – tapas, sidra… tout ce que les Asturies ont de meilleur. On se repose, et on repart vers La Coruna. Et d’un seul coup, plus rien. Perkie se tait. Le moteur vient de caler.

J’envoie la Grand-voile, un peu en catastrophe. Pour se mettre plus ou moins bout au vent, sous génois, c’est tout une histoire. Dans un genre de bon plein moyennement stable, en tirant des coups sur le tissu pour faire passer les lattes entre les lazy jacks, j’arrive à mettre ça en position. Pilote aidant. Je mets à la cape, j’attendrai le lever du jour, Aglaïa se réveillera et on avisera. On ira sur Gijon à la voile et on verra après.

Au lever du jour, cap sur Gijon, GV et Génois. En arrivant, on roule le grand et on envoie la trinquette, histoire d’etre plus a l’aise dans les virements de bord. Ce bateau marche quand même comme un chef… 7 à 7,5 nœuds dans la jolie brise qui souffle sur la baie de Gijon, juste avec la trinquette… c’est vrai que c’est la voile parfaite pour le près, elancée, bien coupée et arrivant au niveau de l’emplanture du deuxième rang de barres de flèche… on dirait un gréement de Requin, avec son tout petit foc et sa super grand-voile. Mais nous, on s’est déballonnés. On n’est pas rentrés dans le port à la voile. On a pris la VHF.

« Gijon Tràffico, Gijon Tràffico… »

Don Pelayo Roz Avel a Gijon lanchas à Gijon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notre traversée vue par Aglaïa

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Gijon, dans les Asturies, à l’ombre du Roy Pelayo

Nous savions tous, grâce à monsieur Corneille, que Le Cid a chassé les arabes d’Espagne. La vérité est qu’avant Le Cid, il y a eu Don Pelayo, Rey des Asturias. Sa statue trône sur la belle place qui longe le front du Puerto Deportivo de Gijón.

Gijón, ou nous sommes arrivés à la suite de deux jours de trans-Gascogne, pas si épique que ça si ce n’est qu’au départ, on visait La Corogne, que le chien ne voulait pas faire pipi à bord de Roz Avel (qu’est-ce qu’elles ont, nos chiottes, elles ne te plaisent pas ? ) et qu’à une heure du Cap des Penas Perkie a décidé qu’il avait assez bossé. Trans-Gascogne qu’on va vous raconter dans un prochain billet.

Gijón, ses ruelles, ses plages, sa pointe Santa Catalina. Ses « pulpitos » de la Bota del Campesino, son Sidra Natural, son murcillo. Son Puerto Deportivo, les filles de la Capitainerie, les gars du plan d’eau.

Gijón, on aime.

Mise à jour du 6 juillet

roi des Asturies à l'époque de la conquête andalouse, premier a se soulever contre les envahisseurs en fédérant les asturiens et les galiciensJ’ai évoqué Don Pelayo dans le texte, mais pas mis de photo d’identité… l’erreur est réparée, toutes mes excuses à sa majesté el Rey des Asturias.

roi des Asturies à l’époque de la conquête andalouse, premier a se soulever contre les envahisseurs en fédérant les asturiens et les galiciens