La déconfiture

COUPABLE Je me mets à l’eau. Purée qu’est ce qu’elle est froide, il y a du clapot, du vent, le ciel est gris, tout pour donner envie de ne pas y aller. Mais si, il faut le récupérer, ce mouillage, je m’oblige donc à nager vers le bout et de plonger voir en dessous ce qui si passe. Boudiou, c’est que je n’y vois rien, sauf le bout, j’ai toutes les peines du monde à plonger, je me sens comme un petit bouchon enfin plutôt un gros, bref ça me prend plein d’énergie, je manque de souffle et m’agrippe au canot pour respirer un peu. Je finis par utiliser le bout pour m’aider à descendre, mais arrivé en bas, merde l’ancre est sous le rocher, normal que je ne la vois pas et que ça coince. A peine ce constat fait il me faut remonter vite vite, le manque d’air venant rapidement. Après 3 ou 4 descentes, je n’ai plus froid, mais je suis dégoutée. Le rocher est à environ 3 mètres de la surface donc rien de faramineux, mais je ne tiens plus en apnée comme il y a 20 ans. Je remonte dans le pneumatique en deux coups de reins, m’écorchant le genou sans le sentir, ce qui me mets un peu de baume au cœur. Le capitaine fini par décoincer l’ancre, mais la chaine autour du rocher ne nous permet pas de la sortir de l’eau, elle reste bloquée à environs 1,5m de la surface. Nous rentrons donc bredouilles avec la conviction qu’il faut l’aide des marineros et de leur canote plus puissant et peut être aussi du matériel de plongée.

Aglaé (depuis « down under »)

On est partis sur le coup de 13h. Précisément 13h21, j’ai regardé l’heure, on a 1h30 d’autonomie en essence dans le hors-bord de Little Gu. Armés comme deux cowboys, avec matos pour démonter la pièce de jonction chaine-ancre, histoire de porter chaque morceau séparément, pince, clefs Allen, tout le tralala. Shorty néoprène très seyant, noir, gris et turquoise pour Aglaé, combi à jambes longues pour moi, frileux comme je suis. Marée basse, on file à toute berzingue vers le petit pare-bat blanc et la petite boule rouge, qu’on aperçoit depuis la digue (oui, oui, toute l’aventure était en vue des plagistes, pour mieux amuser la galerie). Rubber Gum à la remorque, le AX3 nous servira de plateforme de plongée, on verra bien.

On y arrive rapidement, nous mettons notre flotte d’intervention bout au vent, je tire sur l’orin de l’ancre. Elle ne bouge pas, une fois la longueur filée dans le canot. On fait quoi ? Hein ? On fait quoi ? Ah, oui, tu m’ las dit, t’as pas pris tes oreilles. ON FAIT QUOI ? Aglaé se lance. L’eau est froide, bien plus froide que l’autre jour, mini coup de vent d’hier oblige. Elle plonge le long de l’orin. « Pas possible, l’ancre est sous un caillou. Je ne la vois même pas. ». Au bout de quelques secondes, elle ressort, rafraichie, s’agrippe au liston de Little Gu. « Elle est froide… » qu’elle me dit. « Je n’arrive pas a rester assez longtemps en dessous. » Elle repart la-dedans. Courageuse, Aglaé. Elle ressort. Quatre ou cinq fois, d’affilée. Ça va, laisse tomber, viens par ici. VIENS PAR ICI ! La communication est un peu compliquée, là… J’essaie de lui faire comprendre par signes de venir à l’avant de Little Gu. Après deux minutes de pantomime ridicule elle me dit « mais parle-moi, je t’entends ».

J’essaie de tirer avec le canot, moteur a mi-régime. Une fois l’orin tendu, ça ne bouge plus. Les 4 Ch du Yamaha ne suffisent pas a décrocher les 25 Kg de la Kobra, plus la chaine derrière. Je reprends l’orin dans le bateau, à nouveau, petit à petit, en secouant. Je sens l’ancre bouger. Après un gros effort j’arrive a la décoller du fond. Elle doit glisser sous, ou à coté du caillou. Je la vois monter, elle est à 1m50 de la surface, mais le tableau arrière de Little Gu s’enfonce dangereusement dans l’eau. Il n’y a rien la-dessus pour amarrer le bout, c’est franchement compliqué, je n’ai pas envie d’arracher le tableau comme j’ai fait avec la marotte. Il faudrait peut-etre essayer de la pousser par en dessous, depuis le fond… « Je n’ai pas le cœur d’y retourner » me dit Aglaé, lorsqu’elle comprend l’idée…

NAUTICO BARRANAVIENS, ON RENTRE. « On rentre ? OK. » « On reviendra demain, avec le marinero qui nous a proposé son aide. Aujourd’hui il n’y a que le papy, tout seul sur le port, puis on est dimanche. On discutera avec ses collègues, on verra ensemble comment on peut faire. »

Voilà. On est rentrés, avec notre flottille, nos combis, notre équipement et notre égo en compote. On est rentrés. Bredouilles.

Le capitaine (depuis la « passerelle » de Little Gu)

CAPTURE OPEN CPN extrait d’Open CPN.

A part le « Danger isolé » il n »y a pas grand chose sur la carte CM-93

ESCARABOTE SUR GOOGLE MAPSextrait de Google MAPS.

Sur une version plus récente on voyait bien le rocher signalé et quelques cailloux autour.

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À propos de Gu sur Roz Avel

Skipper of Roz Avel, a Kelly Peterson 44 cutter, built in Taiwan for Jack Kelly from San Diego, on a Douglas Peterson design. Sailing around the world without deadline or precise destination. Been in Galicia, Portuguese coast, Algarve, Andalucia. Waiting to put at sea again, she spends a tranquil winter in Saïdia, Oriental Morocco

Publié le 25 août 2013, dans bateaux, Espagne, Galice, Roz Avel, voile, voyages. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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