Escarabote, le retour. Arrecife de Arona. Petit traité de navigation « rase-cailloux »

Gin est pressé, ce matin. On traine Little Gu un peu plus haut sur la plage, j’ai l’impression que la mer monte encore. Il est 8h, la Ria s’éveille…vueCaboCruz

On va se balader dans la petite pinède devant laquelle on s’est baladé en canot hier soir. « Ils ont bien du bol, ceux qui habitent en face » je me dis. Je ne pense pas aux moustiques, aux odeurs de vase, aux touristes, à la discothèque du camping… j’oublie de penser aux détails techniques, ce matin.

Playa de Barrana, 042 38.1591 N, 008 53.7307 W. Pas de vent, soleil, mer plate, baro à 1019

Retour au bateau. Neuf heures pétantes. Un bisou sur la joue d’Aglaé, encore endormie, qui émet un grognement amical en se tournant de l’autre coté de la couchette. Vaisselle d’hier soir (presque rien, mais c’est toujours ça de pris pour passer le temps). « Si on traine encore on va quitter le mouillage à marée basse… »

Bon, on y va ?

Le troisième café est bu, le GPS programmé pour aller tout au fond de la Ria de Pontevedra, mouiller à Combarro. J’ai même mis un mot, hier, à Cabo de Cruz, sur le blog de Moune et Alain, en demandant si on avait des chances de les y retrouver ce soir. Aglaé, marche avant doucement… remonte un mètre… OK, c’est bon… remonte tout !

Qu’est-ce qu’elle est sale, la chaine… elle charrie de la vase et des algues vertes ! Tu me passes la brosse un peu ? Mets un coup la barre à bâbord, fais gaffe, tu sais, il y a le danger isolé là-bas. Bon, laisse filer un peu de chaine, qu’on rince l’ancre… Barre à bâbord, j’te dis, mais mieux que ça !

« Tinkiett, on est loin du danger isolé, je le vois bien quand même ! »

« Bon, tu peux commencer à relever l’ancre… attends un peu, que je la retourne dans le bon sens… MERDE, Barre à bâbord comme il faut, bien franchement, j’te dis ! »

SCRCHHHHTSCHTCSTSOING !!!!!!

Merde, on a touché ! J’ai pas fait gaffe, marée basse… j’vous ai dit, j’oublie un peu de penser aux détails techniques, ce matin…

Les cailloux que je viens de voir sous mes yeux avaient des copains à coté ! Et des gros !RA penché

Roz Avel un peu en marche avant. Roz Avel en marche arrière. On pivote un peu, pour mieux s’y installer. Et on ne bouge plus !

Dans l’eau, des gros remous. Sur les cailloux, les algues tanguent. Qu’est-ce que ce gros bourrin qui nous dérange ? Aglaé, vas voir dans la cale, si il y a de l’eau !

« Tout va bien, il n’a pas l’air d’y avoir de voie d’eau. » Bon, ça va mieux, c’est déjà ça de pris.

Ça va mieux, c’est vite dit. Tu te rends compte, la marée montante, si on dérive sur les cailloux du coté de la perche, le fameux danger isolé ! Isolé mon cul ! Ils était en bande organisé, les salauds. Bon, il y a une seule solution. Je fais filer l’ancre au fond, je la porte avec l’annexe un peu plus loin, pour qu’elle ne soit pas tout à fait au milieu du récif. Lorsque la chaine se tend, on est dégagés. En plus, avec le courant de la marée montante, la petite brise thermique du sud, tout ça, on devrait être poussés en dehors de la zone dangereuse. Inch’allah.

RA penché2Je crois qu’on va devenir une petite célébrité locale. Un quart d’heure plus tard, un petit zodiac sur lequel il y a marqué « F. Gallega de Vela », deux gars dedans, se pointe devant nous. « Are you OK ? » « Yes, nothing to do except wait. We were not careful enough ». « Low tide in half an hour. Then it goes up. » nous encourage le gars, dans son anglais espagnol. « If you need help, just call on channel 9, OK ? » « OK, muchas gracias ».

Une grosse vedette pousse de l’eau en notre direction. Les garde-côtes. Eux aussi, ils veulent savoir si on a besoin d’aide. Ça va, pour l’instant on n’a rien d’autre a faire qu’attendre. Merci, en tout cas, c’est touchant de voir que les gens sont prêts a aider…

RA penché3Une annexe, avec deux gars et une nana, appareil photo à la main… photos par ci, photos par là… comment c’est arrivé ? Et vous n’avez rien de cassé dans le bateau ? Non, les gars, tout va bien. Et vous n’avez besoin de rien ? A, les flics, là… ils sont la pour vous ? Pour vous aider, j’espère… Dis, vous avez faim ? Voulez qu’on vous file du pain, a manger, nous dit la fille… Ou une bouteille de Gin, dit un des gars ? Sympa…

Les garde-côtes restent à coté. Machines au ralenti, ils font des ronds autour, doucement, pour ne pas faire de remous. Ils ont promis d’être tout près si on a besoin d’eux. Je monte dans Little Gu.

« En fait, je ne bougerai surement pas avant 15h, 15h30. Je dis ça parce moi, je suis obligé de rester ici, mais vous, non. » Avec mon anglais mâtiné de mots espagnols, j’arrive a extraire des sourires aux gendarmes. En fait, ils sont vraiment sympa. « No problem ». On reste ici, au cas ou.

14h30. Après être passé par des stades divers et variés, de gite maximale ou de nerfs en pelote, Roz Avel prend une position normale. A plat sur l’eau. On est presque dégagés. Encore un quart d’heure plus tard, on est au bout de la chaine, dégagés. Les gendarmes commencent a chauffer les moteurs. Ils me font signe, avec le pouce. Je prends la VHF.

« Do you need help, viz ze power ? Viz our engine ? To go to ze harbor ? »

« No, no, I got mine, thanks. I just wanted to say, we’re going to Nautic Barrana, just there, when you finish the service, come aboard, have a drink, a coffée, a glass of wine. » Ils declinent poliment. « No problem ». Sourire, à nouveau. Je dois être un de ces marins étrangers étourdis qui font sourire les flics espagnols. C’est pas si mal.

Je tire sur l’orin, je tire sur la chaine. Coincés, tous les deux. L’ancre vient, jusqu’à un mètre au dessus du fond. Il en reste trois. Quand je pense qu’une heure avant, on les voyait presque, ces foutus cailloux. Mouillage coincé, la chaine a fait un tour autour d’un rocher et s’est coincée en dessous. Gros débat. Je plonge. Piètre plongeur je fais… mais quand il faut Arrecifey aller, il faut y aller. Rien a faire. Au moins, comme ça, je fais le tour du bateau, sous l’eau. Même pas une rayure, sur le coté qui reposait sur le rocher il y a une heure. Sacré Roz Avel, bateau costaud. Je remonte, je relance le débat. Je te dis, je coupe l’aussière, je mets un deuxième orin et on récupère le mouillage demain à marée basse. Je ne le sens pas du tout, de jouer à labourer les fonds au milieu des cailloux. « Et si un pêcheur passe le prendre avant ? »

Avec des arguments choc, du style « je préfère perdre pour 500€ de mouillage plutôt que de faire le mariole en faisant des marche-avant marche-arrière au dessus des cailloux » ou « il vaut mieux perdre le mouillage que perdre le bateau » ça ne marche pas. Grève de la faim. Au bout d’une heure la patronne se laisse convaincre. Je fais filer la chaine à l’eau, avec un petit pare-bat au bout. J’essaie de penser un peu aux détails techniques. Ensuite, on file au port. La suite, au prochain épisode, c’est à dire demain soir.

Bien à vous, depuis Escarabote.

Mise à jour du capitaine, samedi 24 août

Trop de vent pour aller chercher notre mouillage au fond de l’eau. Il attendra bien l’accalmie prévue demain. Sur les pontons, le marinero nous présente les pontes du Club Nautique de Barrana, qui se prennent en photo avec nous. Le skipper d’un superbe bateau en bois moulé immatriculé à Camaret, bateau d’un couple qui navigue à la longue, entre 12 et 16 mois par an, les entretient en espagnol. On est des petites célébrités locales. Hier, des futurs (devenus actuels) voisins de ponton nous ont copieusement pris en photo la-haut sur notre caillou. Dans la matinée on a eu droit aux photos. En attendant une vidéo qu’Aglaé Spielberg est en train de monter, voici les prises de vue de notre exploit maritime.

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À propos de Gu sur Roz Avel

Skipper of Roz Avel, a Kelly Peterson 44 cutter, built in Taiwan for Jack Kelly from San Diego, on a Douglas Peterson design. Sailing around the world without deadline or precise destination. Been in Galicia, Portuguese coast, Algarve, Andalucia. Waiting to put at sea again, she spends a tranquil winter in Saïdia, Oriental Morocco

Publié le 23 août 2013, dans bateaux, Espagne, Galice, Roz Avel, voile. Bookmarquez ce permalien. 7 Commentaires.

  1. Jean-Pierre Gardin

    J’ai vu un yatch américain dans la même situation en plein milieu de la baie de la somme ! c’était sur du sable… je m’en souviens… Il y avait de superbes nanas à bord ! Garder son flegme !…

    • @Jean-Pierre Gardin – Roz Avel est bien un bateau américain (plans de Doug Peterson, constructeur Jack Kelly de San Diego, même si il a été fabriqué à Taiwan), et j’avais une super nana à bord. En Baie de Somme, je connais un peu le coin, c’est surement facile de toucher du sable, pour peu qu’on se trompe d’une demi-heure dans son calcul de marée.
      @Gwendal – il y a eu des compensations quand même – le soir, Nath a été aux fourneaux. On a eu droit à une première, dont la recette fera l’objet d’un prochain article – une EMPANADA GALLEGA. Et on a eu un verre d’Albarinho, super blanc des Rias Baixas. Pour l’ancre et la chaine, je vois d’ici l’orin. Les récupérer – inch’allah, on verra à 13h, marée basse de 96. Ça devrait aller.

  2. Je souris en te lisant… ces petites galères qui font de bons sujets à raconter le soir dans le carré devant un verre de vin ou d’autre chose.
    Content que Roz Avel n’est rien ! Et j’espère que vous retrouverez votre ancre !

  3. Alors ce mouillage ? Pour que cette histoire soit jolie il faut le retrouver !
    Ce genre d’incident est presque un sport dans les Cotes d’Armor, ils en ont même fait une association : l’APOC (association des ouvreurs de coque). Ils délivrent un trophée chaque année pour le meilleur échouement.
    Voila une tradition maritime que vous pouvez cocher : ça c’est fait !
    Et voilà un bateau qui a le sens du confort, il a eu le bon goût de ne pas se faire un lit sur un caillou pointu !

    • Le mouillage est toujours à sa place, on lui a rendu une petite visite ce midi à marée basse, il était à 3m sous le livet de Little Gu. Un orin sur l’ancre, un autre au bout de la chaine, comme on l’avait laissé. On a tiré dessus (moi) et plongé (Nathalie) et l’ancre est venue jusqu’à 1m5O de la surface. Le canot est un peu léger, on ne l’a pas construit pour faire de l’haltérophilie. Aujourd’hui c’est dimanche pour tout le monde alors on y retournera demain avec les marineros et leur gros zodiac à 70CH (les gars nous l’ont gentiment proposé hier, en rajoutant devant notre hésitation « sin carga », pour nous rassurer – Décidément, j’aime ce pays)

  4. Jouany Daniel et Maylen

    Epilogue demain donc !

    • Daniel & Maylen, l’épilogue a mis quelques jours à se décanter. En plus on a mis quelques jours a le mettre en ligne. Mais épilogue heureux. En plus, on a croisé Nicolàs… vrai sosie, c’est sur. Puis on a vu les « piscinas naturales » de Rio Pedras. L’un dans l’autre, ça a valu le coup de rester un peu. Votre navigation s’est bien passée ? On a des photos de La Civelle, en train d’envoyer la GV, certaines sont jolies.
      Bien à vous, hasta luego 🙂

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