Malpica. Costa da Morte. Un café, au comptoir. A la plage, mais pas en slip

« So, did you take nice pictures ? »

Le gars est grand, bien plus grand que les pêcheurs du coin. Il est à coté de moi au comptoir. Je crois qu’il a de l’humour… tout à l’heure, quand j’ai parlementé avec le garçon pour que je puisse garder Gin à coté, j’ai demandé « un café ». « Solo ? » me demande le serveur. Et pour se faire mieux comprendre « With milk ? ». « No, thanks, no milk. » Le gars à coté lui lance « E un café para yo. Wiz milque ». Je crois qu’il a de l’humour.

« Yes, I think. Light is really beautiful this morning. »

« That’s the way it is, here. You have four or five sunny days in a day. »

Depuis que j’ai commencé la balade matinale du chien il a plu trois fois. Il a raison. Entre chaque averse, le soleil est revenu nous rappeler qu’il existait.

« You’re from the sailboat there ? »

« Yes. We stayed at anchor the last two nights. »

Malpica est un petit village caché sous les iles Sisargas. Petit village mais grand port de pêche. Zéro installations pour la plaisance. Alors on peut mouiller l’ancre, soit devant l’entrée du port, comme le voilier allemand qui s’y trouvait quand on est arrivés, soit devant la grande plage (Playa Mayor… la bien nommée). Faut pas hésiter à s’approcher, une fois passés les derniers bouts de roche les fonds sont de bonne tenue, sable bien tassé par les marées du coin, qui atteignent 3,50m en vives eaux.

« It’s a cool anchoring place. Tranquil. »

« It seems tranquil. » me dit le gars. « It’s because you have south-west. Just wait till it turns north. ». Non, je pense qu’on ne va pas attendre ça. Quand j’ai vu la digue qui protège le port de pêche j’ai compris. Si c’est un coup du nord-ouest, ça doit etre terrible. Le type rajoute « Did you know that in gallego this area is called «La Costa do Morte» – The Death Coast. ?»

On parle photo, lumière, Bretagne, Galice. On tombe d’accord qu’on aime ce pays (et l’autre, breton) aussi pour ses humeurs, ses journées grises, avec un ciel bas et des lumières rasantes. On décide qu’au sud, (A Denia, il dit… sur la Costa Blanca méditerranéenne) c’est trop chaud, et le soleil ne nous laisse aucun répit. Décidément, j’aime bien la Galice.

Il se sauve, une tape dans mon dos et une grattouille à Gin. « Hasta luego. » Je finis mon café et j’appelle le garçon. « La cuenta, por favor ? How much for the coffée ? « . « Nada, it’s OK, he paid your coffée. » Décidément, j’aime bien la Galice.

On a appareillé de Sada, devant le village de Fontàn, en fin de matinée. On a dit qu’on ne restait pas déjeuner au mouillage. « Tu nous feras un sandwich ou deux, en nav, hein ? ». On a laissé trainer une ligne depuis la petite canne à pêche, dans le sillage. TROIS D’UN COUP !!! Pendant que je décrochais les deux premiers, le troisième a réussi a se décrocher tout seul, et s’est tiré, en laissant derrière un petit filet de sang. Y a pas de requins, à Sada, alors je pense qu’il va s’en sortir. Peut-être finira-t-il a déceler la différence entre le train de plumes brillantes de la mitraillette et les vrais éperlans, ou lançons, qui doivent avoir meilleur gout. Nous, on va se contenter de deux beaux maquereaux galiciens, les premiers poissons qu’on pêche depuis le départ.

Devant les cargos au mouillage, à l’embouchure de la Ria, un bateau sous pavillon espagnol nous salue avec des cris de « Kenavo !!! Kenavo !!! Bretania !!! ». On leur fait des grands signes de la main. Eux, ils ont été sensibles au grand Gwenn-a-dhu dans les haubans bâbord. Et puis, il y a écrit Le Guilvinec sur le tableau arrière. La Bretagne, bien reçue dans la Galice cousine.

Le vent s’étiole, pour finir en vague toux du sud-est, devant l’entrée de la Ria de A Coruna. La Torre, éclairée à contre-jour par le soleil de cette fin de matinée, nous salue par une série de « molles », petits ou grands moments sans vent quand le bateau file sur son erre, à 1,5 nœuds. Au travers, ça passe encore. Puis ici il n’y a pas encore de houle. Mais une demi-heure plus tard on fait appel à Perkie, ça n’avance vraiment pas. Mais on garde la GV, à 1 ris.

Le vent revient en force tout juste après la Punta Herminia, au droit de la Torre. DE zéro à 15 nœuds. Puis 20. La GV sert de gouvernail aérien, Perkie de propulsion. On avance à 6 nœuds. Les grains se succèdent, les uns plus forts que les autres. Tu sais, dans le Imray, ils parlent de trois mouillages à Malpica. T’en penses quoi, Aglaé ?

« Je n’en sais rien, je te fais confiance. »

« On verra bien lorsqu’on y sera. Tu sais, le dicton anglais. »

« Oui, je sais. »

A Malpica, devant le port de pêche, j’aime pas. Je n’y suis pas encore, mais j’aime pas. Il parait que les fonds sont un peu incertains. Sur la carte c’est marqué « stone ». Dans l’Imray ils parlent de mélange de roche, algues et des taches de sable. Comment veux-tu mouiller dans un truc comme ça ? Bon, ben on fera comme dit le dicton anglais. « We’ll cross the bridge when we come to it. »

On commence a voir les Islas Sisargas. Sous les grains, la lumière est irréelle. Elle tombe directement du ciel, entre les nuages. En dessous, pour l’instant on voit un gros caillou, détaché de la côte. La « Pequena » se superpose sur la « Grande ». Et entre les nuages, une douche de lumière dessus. Magique. Tout autant que les deux ou trois dauphins qui passent nous dire bonjour.

Au fond, niché sous un sommet pyramidal, le village. Coloré, comme les villages galiciens. Je n’arrive pas a piger ou est le port, mais je vois bien la Playa Mayor. Derrière une petite pointe, la Playa Seaya, plus petite. Faudrait passer entre deux cailloux, mais une fois dedans on doit être bien protégés. Par contre, pour acheter du pain…

D’un coup, plus rien. Le ciel devient tout noir, du gros nuage qui montrait le bout de sa tête derrière le sommet. Il nous tombe dessus d’un coup, d’un seul. Grosses gouttes de pluie, Aglaé, va chercher mon ciré et toi, et le chien, planquez-vous dans le bateau. Pas la peine d’être mouillés tous les trois. Et on ne voit PLUS RIEN. J’espère que tout ça s’arrêtera devant la plage, sinon je ne sais pas comment on va voir ou planter la pioche.

Le truc génial avec la météo galicienne est qu’il y a toujours, mais toujours, une éclaircie derrière le grain. Deux cent mètres devant le mouillage, la pluie s’arrête et le flanc de la colline nous montre ses maisons bigarrées. « C’est pas beau. «  dit Aglaé. « Je ne vois pas pourquoi Carmen nous a dit que c’était sympa. »

« Ben si, regarde le site, c’est magnifique. On dirait l’Irlande. » Lumière rasante, entre les flocons de laine grise qui trainent dans le ciel. Mer turquoise, mais avec des bandes filantes bleu foncé, selon les risées. On regarde les fonds. « 6,50m. A quelle heure la marée basse ? » « Ben dans deux heures. En gros elle va encore baisser d’un mètre. » « Bon, on mouille là ? » « Non, attends un peu, faut aller au moins à 4,50m. » « Moi j’aimerais qu’on mouille là . Tu te souviens, à Sada. » « Si on mouille par 6,50 à cette heure, ça fera 9 à marée haute. Neuf mètres, c’est 45m de chaine. J’aime laisser cinq fois le fond, on est tranquille. On peut avancer un peu. »

Et « ploufff », la pioche au fond. « Marche arrière, juste un coup. » « File de la chaine. Encore un peu. » Je croche la « main de fer » dans la chaine, envoie l’orin dans l’eau. « Maintenant tu files de la chaine en grand. Touche pas au moteur, le vent nous poussera et la chaine s’étalera toute seule au fond. » Voilà. On est à poste.

Deux jours tranquilles, ou presque. La première fois qu’on passe deux jours dans un endroit comme ça, ouvert sur l’Atlantique, dans notre dos. La houle est cassée par les Sisargas, elle vient du NW, au large il y a bien deux mètres. Chez nous, il doit y rester une petite trentaine de centimètres. Juste assez pour nous balancer pendant le sommeil. « Je t’ai dit qu’il aurait fallu qu’on s’approche plus de la plage. ». Balade de chien, Little Gu à l’aviron dans 25 nœuds dans le pif. Avec un peu de clapot, en prime. Ça marche bien, malgré tout. Sacré canot qu’on s’est fait, là.

Tour en ville, avec Gin. Un peu partout, sur les hauteurs, derrière le front de mer, vers la pointe sud-est, celle qui protège le port de pêche. Au dessus du port, une promenade sur pilotis en béton. Un gars à l’allure rasta promène son golden retriever, qui vient jouer avec Gin. Salut. Salut. Holà. Holà.

Le ballet des chalutiers, rentrant de pêche. Un boucan d’enfer, une odeur de gazole brulé, heureusement qu’on n’a pas mouillé ici. Les allemands, là-bas au bout, ils doivent se faire chier…

Ambiance sur le port. Ça cause en galicien. Ça gueule des grands « Salud ! » aux terrasses des cafés de la Rua de la Darsena. Ca envoie des « canas » de Estrella Galicia. Les gars se racontent leur journée de pêche, les femmes viennent les chercher à la terrasse. Dans tous les pays du monde, les femmes viennent chercher leurs maris au bistrot. Ce qui est génial, en Galice, c’est que les nanas se posent à coté des maris et commandent « una cana ». Y a pas de raison, on n’est pas plus connes qu’eux.

Décidément, j’aime bien la Galice.

Malpica en Bergantinos est un petit village à l’architecture mélangée, il ne reste que quelques maisons traditionnelles galiciennes dont une partie agglutinée au dessus de la Darsena du port de pêche, vers les hauteurs de la pointe Sud-Ouest. Coté Seaya, une autre pointe se prolonge avec les Islas Sisargas. Sur celle-ci, plus à l’ouest, juste quelques propriétés avec des murs de clôture en pierre et des champs en herbe. Un matin, en promenant Gin, on est passés à travers les champs, sur les sentiers bordés de murets. Comme sur La Hague, comme en Irlande. Dans un champ, il s’est mis a renifler comme un fou dans les brins d’herbe. Deux heures plus tard, depuis le « Paseo » devant la plage, on a regardé par la-bas. Un bonhomme y faisait pâtre ses moutons. Comme en Irlande, comme sur La Hague.

Ce n’est pas à proprement parler une Ria, on est dans une baie peu profonde, avec une belle plage dominée par le bourg. L’abri est correct par tout le secteur sud, même si les sommets nous gratifient d’un petit effet venturi, si le sud prend un peu d’ouest et se faufile parmi la pointe des Sisargas et le massif qui domine la ville. Les fonds, pour peu qu’on s’approche suffisamment de la plage, sont de très bonne facture, on a passé la deuxième nuit a encaisser des rafales à 28 nœuds sans bouger d’un pouce. C’est probablement raisonnable d’oringuer, si on a peur de crocher l’ancre derrière un caillou, mais notre orin a cassé en partant et j’ai du courir à l’aviron dans Little Gu pour récupérer la petite bouée rouge et le bout d’aussière qui la tenait. Plus tard, à Muros, je comprendrai.

L’activité touristique a l’air de fonctionner tant bien que mal, une faune bigarrée à l’air entre rasta et hippie sur le tard remplit les terrasses en cette fin de mois de juillet, et de la musique branchée ressort par les haut-parleurs posés sur les rebords des fenêtres. Les prix sont plus que convenables, les gens très accueillants. Le peu de maisons anciennes est un peu perdu sous des immeubles quelconques, typés années 70, mais avec des toitures en tuiles romanes et peints en couleurs vives. Pas beaux en soi, mais l’ensemble est vraiment attachant, accroché qu’il est au flanc du grand sommet sur lequel trônent des énormes antennes télé.

Le tourisme, c’est sympa, ça doit marcher à fond trois mois par an. Mais ce qui tourne à fond dans le village, c’est la pêche. Pas la petite pêche artisanale à bord des lanxas de 4-5m peintes en couleurs vives. Les gros navires qui vont chasser le « atun » et la « bonita del norte », qui remplissent le port de pêche le soir. Quand on voit le bâtiment de la criée et les installations de levage sur le quai, on a tout de suite compris. Et a les voir rentrer en fin de journée, ça impressionne un plaisancier venu de la Bretagne ou les petits ports sont tous transformés en annexes pittoresques des marinas. Ici, la pêche reste un métier.

Décidément, j’aime bien la Galice.

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À propos de Gu sur Roz Avel

Skipper of Roz Avel, a Kelly Peterson 44 cutter, built in Taiwan for Jack Kelly from San Diego, on a Douglas Peterson design. Sailing around the world without deadline or precise destination. Been in Galicia, Portuguese coast, Algarve, Andalucia. Waiting to put at sea again, she spends a tranquil winter in Saïdia, Oriental Morocco

Publié le 20 août 2013, dans bateaux, Espagne, Galice, pêche, Roz Avel, traditions locales, voyages. Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. Mes plus belles escales ont été dans les petits ports de pêche… Là où il y a de la vie, des gens qui travaillent. On a moins l’impression d’être des privilégiés en balade.
    Et pour les infos sur la zone de navigation, rien ne vaut l’avis d’un gars du cru, même s’il considère nos voiles avec un sourire ironique !

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