La Ria de Camarinas. La dentelle et le poisson. Maisons a vendre. Pelerinage à Muxia.

J’ai pris l’habitude de faire des croquis pour relever des repères à terre, lors de nos mouillages forains. A Malpica, dans des rafales de 28-30 nœuds, j’ai eu, par moments, un peu la trouille. Un coup d’œil à mon croquis, un autre par le hublot, et ça rassure. Encore faut-il dormir avec le compas de relèvement sous son oreiller. Si c’est pas de la paranoïa, ça…

Malpica, Samedi 03/08/2013, 11h30. Vent – 10 nœuds de SW. Mer – belle, localement peu agitée. Soleil passagèrement voilé, visibilité – plus de 10 Nm. Baro – 1022 en hausse.

Bien sur, on est partis un peu tard. Bien sur, il n’y avait pas trop de vent. On s’est fait doubler par tout le monde qui trainait sur l’eau. Au bout d’un moment, on s’est dit « Peut-être qu’on n’aurait pas du garder ce ris dans la GV… » et puis tant pis. On filait quand même à 5-6 nœuds, sous génois et GV, par 15 bons nœuds de vent réel, au près. Soit un nœud qui passait dans l’annexe à la remorque, et peut-etre bien un autre dans le ris de la GV. Mais on s’en moque, on est heureux sur l’eau.

En partant de Malpica, on fait le tour des Iles Sisargas. Pendant trois jours on les a vues sous la pluie, sous des rayons de soleil rasant, sous des grains… aujourd’hui c’est sous un soleil éclatant qu’on les étudie de tous les cotés. Et comme à chacune de nos navigations, des dauphins.

Roz Avel glisse sur la petite houle de NW, tout content. Il est bien, ce bateau… Mené de main de maitre par Heidi, qu’on apprend a maitriser de mieux en mieux, il est confortable comme une paire de charentaises. On a le temps de faire des photos, des sandwichs, de preparer des lignes de pêche. Il n’y a que les poissons qui manquent.

La côte, entre Malpica et Camarinas. Des hauteurs, des falaises en granite, des anses, la Ria de Corme et Laxe qu’on longe sans s’arrêter. En fait, de la nav sans histoires, agréable et tranquille. Le vent forcit petit à petit en arrivant vers l’entrée de la Ria de Camarinas. Faut dire qu’il y veille un monsieur à profil spectaculaire – Cabo Villano. Une crête de coq en granit lancée vers l’océan, avec le phare et quelques constructions dessus, et à ses pieds, un platier rocheux qu’il vaut mieux éviter.

Un gros X-Yachts, au moins 45 pieds, tire un ou deux bords devant nous. Il vient du font, tout près de la côte. On l’avait bien vu, à l’allure qu’il avait il risquait de grimper sur la crête du coq. N’empêche qu’il nous met un vent de tous les diables, en virant de bord juste à coté de nous. Il nous fait un signe amical de la main, et il s’en va. Une demi-heure plus tard, le v’la qu’il revient, sur le bord opposé. Pavillon espagnol, il me semble. Un gars d’ici. Si ça se trouve, il va à Camarinas aussi.

Un peu plus loin sur la gauche, l’entrée dans la Ria parait large comme l’Avenue de la Grande Armée, à Paris, montant tout droit vers la Place de l’Etoile. Le X file toujours au sud-ouest. Si ça se trouve, il ne va pas à Camarinas, en fait. Aglaé, laisse filer un peu, on n’abat pas tout de suite, tu sais, je t’ai montré sur la carte, il y a des cailloux.

Las Québrantes, qu’ils s’appellent. Il parait que si on y plonge, on y trouve les quilles de quelques imprudents. Non, j’rigole… quoique… Tiens, le X est en train d’abattre. J’ai l’impression qu’il a tracé la même route que moi. Il colle bien à la rive sud de la Ria. Coté Muxia, sur la pointe rocheuse qui cache le village, le spectaculaire sanctuaire de la Virxen de la Barca. Une image impressionnante. Aglaé, on peut empanner maintenant. Dis, capitaine, on n’a pas dit qu’on mouillait à coté du port ?

« Écoute, il est 21h, je ne vois pas bien le fond, sur la carte il y a quelques cailloux… j’aimerais mieux aller coté Camarinas. Là je sais qu’il y a plein de place et c’est tout du sable. »

« Bon, comme tu veux… mais tu vas promener le chien en nocturne. Little Gu n’a pas de phares, tu sais ? »

Un coup de clé, Perkie se met a ronronner. Un coup sur le bloqueur, la drisse file, la GV tombe dans les lazy-jacks. Un coup de reins, le génois est enroulé. « Point mort. Un petit coup de marche arrière. Fais filer de la chaine. Ca y est, on est a poste. » 22h30, Camarinas, entre deux bateaux anglais, un allemand et un OVNI quelque chose, tout près de la côte. « Oui, mais les OVNI, tu sais, ce sont des dériveurs. Ils n’ont pas de tirant d’eau. ». Tiens, et devant l’entrée, je rêve, ou c’est encore l’anglais de l’autre jour, avec sa jonque bleue ?

Un tour à terre, entre les petites bouées qui marquent la zone de baignade. Dans le noir. Pas intérêt à te sauver, Gin. Fais vite. Bon chien. Une petite soupe et puis dodo…

http://www.flickr.com/photos/33169045@N08/sets/72157635150452845/show/

Muxia, marina de crise. Le bistrot du coin. Précis de construction navale en pierre de taille.

Camarinas n’est pas la plus belle des Rias que j’ai vues. Le fond, après le port de pêche, est un peu vaseux, la pinède couvre les bords de l’eau et au fond, il y a des constructions un peu quelconques. Au fond du port il y a un vrombissement perpétuel, un genre de groupe électro ou de générateur, ou de frigo… c’est probablement un truc de la criée, n’empêche que c’est pénible. Aglaé s’en fout, elle coupe ses oreilles le soir. Moi non. Le matin, un petit tour dans le village nous rabiboche un peu, Camarinas et moi. J’aime bien les vrais ports de pêche, qui sentent le poisson pourri et dont les tas de filets trainent sur les quais, en attendant de se faire réparer pour la prochaine sortie. On est dimanche à Camarinas, les bateaux dorment à quai. Les pêcheurs mettent un coup de peinture à leur canots en bois qui leur servent d’annexes de corps mort. Il y en a des jolies. Les filets de pêche de Camarinas, c’est peut-etre ça qui a donné naissance à une autre tradition locale – la dentelle. Il y a une fédération ou association ou qu’en sais-je, la Maison des Dentelières, avec des jolis chiffons dans les vitrines… et sur la terrasse d’un bar, deux poupées sirotent une Estrella… comme si c’était vrai.

A part ça, activité de dimanche. Mariage, messe, bière et tapas. Sur le quai, une jolie maison de pêcheur arbore fièrement son écriteau « se vende ». Elle a des jolis encadrements en pierre, mais pas de toit. Ça doit pas se vendre cher…

Aglaé me presse. Elle a envie de passer de l’autre coté de la ria, dans la marina. Nos amis de Video Bleue 2 nous ont dit du bien. Propre, sécurisante et pas chère. Le coté « pas chère » nous va bien. On file dans le port, un prend le premier ponton qui se présente… juste derrière le canot du « salvamento ». Même angle de vue qu’à Gijón. Sauf que ce coup-ci, pas de remorque.

Des allemands arrivent et se mettent a coté. On est dimanche, le marinero d’astreinte vient en pointillés, il n’a pas du les voir. « Bonjour ». « Bonjour ». Le skipper allemand a épuisé ses connaissances de français. On poursuit en anglais. « Est-ce que cette marina est ouverte ? » C’est vrai que dans le guide Imray ils parlaient d’une marina en projet. Que Nick Ellis,  qui ecrit sur le site de Jimmy Cornell, parlait d’une marina nickel, mais sans raccordement à l’eau ni à l’électricité. « Si, si, elle est bien ouverte. Pas chère, propre, ouverte. Le marinero passera surement vous voir. Pas de wifi, mais le bistrot d’en face vous filera un code quand vous irez prendre une bière. »

Un peu plus tard, on toque à la coque. Un barbu. « Bonjour, je voulais vous saluer. Je sais Grand Largue aussi, et je viens du port d’Arzal. ». Nos flammes qui flottent dans le gréement ne passent pas inaperçues.

Sur un gros Amphitrite, il est avec deux potes en route pour le Portugal, ensuite Madère, les Canaries, les Açores et retour. Ils sont pressés. On le rencontrera un peu plus tard avec ses deux éqipiers, attablé dans le centre du bourg, devant « una cana ». Estrella Galicia, comme tout le monde. Le lendemain, à 8h du mat, l’Amphitrite est déjà parti.

Un café au coin de la rue. « O Xardin », WiFi Zone. De café en café, on a faim. Au coin du bistrot, trois petits chinois chattent comme des forcenés avec un verre de jus d’orange sur la table. Nous, on a faim. Une Sopa de Mariscos, quelques sardines grillées avec des patates au four, un désert, un pichet de blanc et un café. Tout ça pour 9€. La WiFi en prime, qu’on pourra consulter aussi plus tard, depuis le banc d’à coté. Les galiciens, décidément, sympa…

Le village de Muxia n’a pas le charme de Betanzos. Il a par contre la Virxen de la Barca. Muxia cultive un lien particulier avec Santiago de Compostella, étape importante sur la route des pèlerins. Il parait que dans les temps anciens, La Vièrge est venue ici à bord d’une barque en pierre, pour écouter Saint Jacques qui prêchait aux gens du pays sur les hauteurs de la pointe rocheuse, qui s’appelle depuis la Punta de la Barca. Un spectaculaire sanctuaire occupe les dalles de granit qui descendent dans une espèce d’amphithéâtre naturel vers l’océan. Ça brise sur les rochers d’en bas, c’est impressionnant, la lumière du soleil couchant habille d’un halo l’église et les gens. Pas trop d’industrie autour, si ce n’est que les bistros du village affichent tous, sur leur ardoise, « le Menu du Pèlerin ». Et qu’à la porte du sanctuaire, un mendiant tend la main. Mais ça… les mendiants… bon, j’me tais !

On se balade sur les hauteurs arides qui mènent au sanctuaire. Une fois qu’on a quitté les maisons un peu hétéroclites, le même mélange savant de vieilles bâtisses galiciennes et de maisons ou immeubles des années 50, j’ai le sentiment d’être un peu hors du temps. Peut-être la lumière ? Faut vraiment que je repasse par « O Xardin ». Estrella, una cana, vite…

Camarinas, Muxia, Rias Altas, 3 à 6 aout 2013 et Cabo de Cruz, Rias Baixas, 20 aout

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À propos de Gu sur Roz Avel

Skipper of Roz Avel, a Kelly Peterson 44 cutter, built in Taiwan for Jack Kelly from San Diego, on a Douglas Peterson design. Sailing around the world without deadline or precise destination. Been in Galicia, Portuguese coast, Algarve, Andalucia. Waiting to put at sea again, she spends a tranquil winter in Saïdia, Oriental Morocco

Publié le 20 août 2013, dans Architecture, bateaux, Espagne, Galice, Roz Avel, traditions locales, voyages. Bookmarquez ce permalien. 3 Commentaires.

  1. Des fois vous faites pas genre bordel de merde pourquoi on a passé tout l’été sous la flotte alors que 600 km plus bas y’avait le soleil ?

    • Bon, faut quand même pas oublier qu’on a eu droit à de la flotte en Galice aussi. On l’a même eue méchamment, en navigation, des jours entiers. Maintenant on a le soleil, mais on l’a mérité quoi 😛 Et pis ya qu’a faire un saut par ici, il suffit qu’on range un peu la cabine avant de Roz Avel. Mais fô s’presser, dans une semaine on file au Portugal. Remarque, filer sous voiles dans l’estuaire du Tage, devant la Tour de Belem, ça doit avoir de la gueule, non ?

  2. Magique, comme toujours !

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