De Gijon, par Viveiro, à A Coruña. Épisode II – Notre Galice.

Le vieux me dit quelque chose en caressant le chien. Il ne parle ni français, ni anglais. Il est mécanicien, chasseur et amoureux des chiens. « Tiene ocho. » qu’il m’a dit, hier, en travaillant sur le moteur. « El mejor amigo. »

Un peu plus tard, après l’aventure du paiement en espèces, après la mauvaise surprise de l’addition, son collègue me dit (à l’aide de Google Translate, sur son smart phone) « Fais attention au démarreur. Le vieux m’a dit qu’il n’aime pas trop son bruit. C’est pas urgent urgent, mais fais-le vérifier rapidement. »

Gijon, jeudi 4 juillet, 16h30. Vent 3-4 Beaufort. Mer peu agitée. Visibilité +5nm. Temps couvert, baro 1026 Hpa

Cap (théorique) sur Baiona (comme depuis le début). La suite décidera autrement. On double le Cabo Peñas assez rapidement, sous un ris (préventif, la nuit arrivera bientôt) et génois entier en regardant avec émotion la Diqué de Asturias, devant laquelle on faisait les zouaves il y a quelque jours, sous trinquette seule, devant un gros cargo. Moteur en rade, sinon ça n’aurait pas été drôle.

Peu après Peñas il est temps d’abattre. On touche à la houle de la Cantabrique, cette vieille amie. Un ou deux dauphins passent loin, vite. On avance, loin de la côte. C’est loin, Baiona, on en a pour deux jours, facile.

Mar Cantabrico, jeudi 4 juillet, 22h. Vent 18-22 nœuds, ENE. Mer agitée. Visibilité +5nm. Temps couvert, baro 1026 Hpa.

On prend un deuxième ris. On roule le génois préventivement, jusqu’à sa totalité. Le vent continue a forcir et cette foutue houle de 3/4 arrière, que Roz Avel n’aime pas, nous pourrit la vie. Image

Aglaïa a un mal fou a tenir le bateau sur son cap, trouve la barre dure… moi, je pense que le bateau est mal équilibré sous GV seule… on pense tous quelque chose, mais on fait avec. Plein, plein de bateaux de pêche… dans le noir, les pêcheurs espagnols sont comme des sapins de Noël, avec leur guirlande de feux clignotant dans la nuit, plus les vert-et-rouge de position. « ‘L fait quoi, ce con ? ‘L peut pas garder son cap ? Je passe ou, moi ? » L’angoisse du barreur solitaire, dans la nuit cantabrique, devant la flottille de Celeiro en recherche de la fameuse « bonita del norte ».

On teste le pilote, il a du mal a tenir le bateau dans ces conditions. Résultat – un quart d’heure de barre à la main, et quand le barreur fatigue, cinq minutes de pilote auto. Au premier départ au lof que Raymond n’arrive pas a maitriser, je reprends la main. Je remets le bateau sur les rails et continue un nouveau quart d’heure. Et on économise un peu les batteries… vivement qu’on pose le régulateur, c’est pas une vie ça !

Au petit matin, réunion de concertation avec l’armateur. « Je propose qu’on vire sur Viveiro. On peut y être sur le coup de midi, on se repose une journée et on repart demain. On n’est pas aux pièces… ». Tout le monde est d’accord. Et cette foutue houle qui nous casse le dos, ça, comme argument…

Mar Cantabrico, vendredi 5 juillet, 7h45. Vent 20-22 nœuds, rafales à 25-28 nœuds. Un peu sportif, mais sans souci particulier, si ce n’est cette foutue houle…

On lofe un bon coup. Cap à 180-200°, pour la Ria de Viveiro. Par le travers, le vent apparent remonte d’un coup, et le bateau prend une gîte raisonnable de 20°. Dans la cabine arrière, un bruit de bousculade. Aglaïa et le chien se sont mis en travers de la couchette. Cette gîte…

Gris. Gris. Gris. La même foutue houle. Sous GV à un ris et trinquette, Roz Avel file à 6,5 à 7 nœuds, comme sur des rails. Il avance bien ce bateau, malgré ses 15 tonnes de déplacement. Calé sur le plan d’eau, il remonte sur les montagnes russes de 2,5 à 3m, avec l’aisance d’un singe. Grand singe, quand même.

On passe par l’avant d’un bateau de pêche qui tient la cape, étrave à la vague. Il est peut-être en train de se reposer, après une nuit de boulot. Faut dire que cette houle, c’est assez éprouvant. Nous, on file, les mêmes 7 nœuds syndicaux. Mais elle ou, cette foutue ria ?

Ria Viveiro_cargo Dans la grisaille on commence a voir le profil de la côte. De la belle montagne, joliment découpée. Des ilots. En se rapprochant, la lecture du relief commence a être plus évidente – à droite, deux énormes cargos au mouillage marquent bien l’entrée, faute de bouée de chenal. L’un d’entre eux est rouge vermillon, on ne risque pas de le louper. Il vaut mieux…

La ria est belle, flanquée comme elle l’est par des montagnes. Le vent se calme, à l’abri des falaises, on file sur une mer devenue plate et on enroule le génois. Perkie démarre sans aucun souci, on garde la GV par acquis de conscience et devant nous défile la première (pour nous) des Rias Altas. « Bienvido à Galicia ! ». Coup de VHF sur le 9. La Marina de Viveiro répond du tac au tac, en anglais. « I’ll be there to help you with your springs ! ». « Thank you ! Can you tell us on which side is the cat-way, please ? » « On starboard. Over ». « OK, see you in 20 minutes. Over. »

On ne doit pas avoir la même notion de bâbord et tribord, en Galice, car – surprise – le cat-way est à gauche. Pas de souci pour les experts du bord. On rentre dans le cat-way « comme une mite dans une chaussette » (hoooh, Jean-jean…). On range, on se balade en ville. On fait des courses. On mange. On dort. La routine, quoi.

On est restés deux jours à Viveiro. Une balade dans la vieille ville, toute décorée pour un marché en costumes sur le thème de la renaissance, une autre sur la superbe plage au fond de la ria, un peu de ménage, un peu de rangement, et nous voilà partis vers Baiona (on croyait, c’est comme ça avec l’optimisme des navigateurs, il n’y a rien a faire). Au petit matin, vers 11h, dans une petite brise évanescente et sous un grand soleil, Roz Avel appareille et sort de la Ria. Les choses vont se corser assez rapidement.

Ria de Viveiro, Dimanche 7 juillet, 11h00. Vent faible, 1 à 2 Beaufort. Mer ridée, soleil, visibilité « no limits ». Baro 1025 Hpa.

Estaca de BaresOn fait route vers Cabo Estaca de Bares. Suiveront Cabo Ortegal, ensuite toute une série de pointes et de caps au nom « gallego » et on estime l’arrivée vers Cabo Prior en fin de journée. On a déjà décidé de s’arrêter à La Corogne.

Une fois doublé Bares, les choses sérieuses commencent. Le vent faible est remonté rapidement vers les 25 noeuds. On est au portant, vent arrière, dans une belle houle. Et ça continue de forcir, forcir. Le génois diminue progressivement, pour finir complétement roulé. La grand-voile descend, un ris, ensuite deux. Et on continue comme ça, sur la fausse panne, sans retenue de bôme, sans frein, a dévaler les pentes.

Ortegal. Bonjour l’Atlantique… Bonjour Roz Avel. Et CLAC – l’anémo montre le chiffre 4. Quarante nœuds en rafale. Et les rafales, ce matin, c’est pas un truc de 30 secondes. C’est de la belle survente de dix minutes, pendant laquelle tenir la barre devient brusquement sportif. Le bateau a une fâcheuse tendance a partir au lof… tu ne fais pas gaffe une seconde, et te voilà parti par le travers, sur un cap qui ne t’intéresse pas du tout, à 30° de gîte. Reviens Léon…Estaca de Bares2

Sous le soleil galicien, tout ça n’a pas l’air dangereux. Jusqu’au moment ou l’instant d’inattention survient. L’empannage intempestif. La tuile. La bôme part comme une batte de baseball sur le bord opposé. Je vois quelque chose voler… merde ! La bastaque. La bôme a fait sauter l’épissure du palan de reprise de bastaque, qui a joué un rôle de fusible. La poulie se balade dans les haubans bâbord, après avoir fait le tour du mât. Je reprends le palan de la frangine tribord, à fond. Pour l’instant, c’est la première chose a faire. On verra après.

Nathalie réfléchit avec moi. Faudra quand même s’en occuper… mais toi, tu ne pourras pas tenir le bateau, à la barre, par cette houle et ces 35 nœuds… On verra, faudra bien essayer. Il faut bien régler le problème… cette poulie qui se balade, c’est franchement peu engageant pour se balader au pied du mat. Et monsieur Martin qui n’en voulait pas, de lignes de vie… on a dit qu’il fallait les poser, merde ! Bon, j’y vais. Attends, que le train de vagues passe. Oui, oui, OK. Bon, j’y vais. Vas-y ! Maintenant ! Et Nathalie, déguisée en chat mâtiné de singe, à quatre pattes sur le pont, le mousqueton de la longe du harnais se baladant de cadène en cadène, récupère comme elle peut la poulie baladeuse. Faut éclaircir le câble de la bastaque entortillé autour d’un hauban, revenir en arrière repasser le bout dans la poulie, redescendre le bout vers l’œil de fixation, nœud de chaise et le tour est joué. Ouf !!!

Au vu du courage de mon équipière préférée, le vent se calme petit à petit. Mais oui,  rien que 25 nœuds, autant dire que dalle. De la belle brise, tranquille. Promenade dominicale. On double le Cabo Prior, c’est lui qui marque l’entrée dans la grande baie ou débouchent la Ria de A Coruña et la Ria de El Ferrol. Dans la baie, avec le soleil descendant, nos amis les dauphins viennent nous saluer. « benvidos os meus amigos  ! »

Portés par la jolie brise du soir, on file vers la digue qui protège le port de La Corogne. Un vrai plaisir. Aglaïa, il serait temps d’allumer le moteur, peut-être ? On y va… et Perkie, RIEN DU TOUT ! Encore ! Bon, c’est fini ces histoires de moteur ? Bon, qu’à cela ne tienne, on est sur un voilier. On verra dans la baie si on prend un mouillage ou si on rentre dans la marina. Le temps est superbe, il fait jour jusqu’à 23h, dimanche soir le trafic maritime est quasi nul. Un cargo solitaire qui remonte du sud-ouest, mais il fera route sur El Ferrol. Et nous, on se rapproche de la digue. Grand-voile restée à deux ris, et trinquette. C’est fou ce qu’il manœuvre bien, Roz Avel, sous trinquette.

SalvamentoLe reste, c’est simple comme bonjour. Rentrer dans la baie. Repérer, sur une photo aérienne que le gars de Viveiro nous a donné, la configuration des lieux à Marina Coruña. Décider de prendre un ponton à la voile. S’approcher des brise-lames flottants. Affaler la GV… flacflacflac… c’est génial, les full-batten… Profiter de l’erre, en faisant gonfler un peu la trinquette, pour s’approcher du ponton. Ne pas avoir assez d’erre. Ne pas avoir les pare-battages, ni les amarres, du bon coté. Refaire un tour, tout en raclant avec l’ancre et le bout-dehors le poteau du bout de la panne. Renvoyer la GV au deuxième ris, pour reprendre de la vitesse. Remettre les amarres et les pare-battages sur bâbord. Refaire un tour. Ils sont ou les taquets ? Tiens, il y en a un la. Affaler. Un coup de barre pour mettre l’étrave dans le vent. Sauter sur le ponton avec la « cravate ». Un tour autour du taquet. Stop, t’aurais déjà du enrouler la trinquette. Ça y est. Simple, comme « boa noite  ».

Bonne nuit, mes amis…

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À propos de Gu sur Roz Avel

Skipper of Roz Avel, a Kelly Peterson 44 cutter, built in Taiwan for Jack Kelly from San Diego, on a Douglas Peterson design. Sailing around the world without deadline or precise destination. Been in Galicia, Portuguese coast, Algarve, Andalucia. Waiting to put at sea again, she spends a tranquil winter in Saïdia, Oriental Morocco

Publié le 22 juillet 2013, dans bateaux, Espagne, Galice, Roz Avel, voile, voyages. Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. Ah oui ! Ça c’est de l’atterrissage ! Bravo !

  2. DRANACK et son equipage

    Le 24 Juillet DRANACK, voisin de ponton a La Coruna quelques jours plus tôt, est maintenant a San Vincente del Mar, au sud de O Grove, dans l’embouchure de la Ria de Arousa.
    Ou est Roz Avel??
    Comment va le démarreur?
    équipage de DRANACK

    • Le moteur de Roz Avel démarre super bien (le solénoïde tout neuf ne suffisant pas, on est allés avec le demarreur dans le sac à Marina Seca ou un mec super nous l’a réparé – je n’en dis pas plus, des détails dans un prochain article). On a passé deux jours sympa dans la Ria de Ares, à coté, on est revenus à A Coruña pour faire un tour en ville avec la fête médiévale demain et on y retourne un peu, voir Betanzas, dessiner un peu… Ensuite on descend vers la Ria de Arousa, ou on espère vous revoir, si vous y êtes encore. En général quand on navigue on fait veille sur le 16 et éventuellement sur le 72… Mais on n’y sera pas avant 4-5 jours, voir une semaine. Bises à toute la tribu.
      Roz Avel

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